
J’ai vraiment hâte de rouler et de quitter Marrakech, à tel point que je ne prends même pas le temps de manger, un jus d’orange et en route. Finalement, quitter Marrakech ne présente aucune difficulté. Une fois que l’on s’écarte du centre ville la circulation est beaucoup moins frénétique. La brume matinale m’empêche de voir mon objectif : l’Atlas. J’en prends néanmoins la direction et roule sur une interminable ligne droite. Je pense avoir fait mon premier vrai virage au trentième kilomètre…c’est un peu monotone et l’Atlas n’approche toujours pas. Je soigne le moral des troupes en décidant une pause déjeuner. Dans une petite épicerie en bordure de nationale, j’expérimente ce qui sera souvent, par la suite, mon repas du midi : un bon sandwich à la vache qui rie ou à la sardine à l’huile. J’ai encore de mauvais réflexes, à peine le tout avalé je me demande s’il est bien prudent de manger le fromage de mon enfance alors qu’il est certain que cette bonne vieille vache n’a pas vu un frigo depuis bien longtemps. Il fait chaud et je pense chaîne du froid.
Enfin au pied de l’Atlas. Je suis las, trop de nationale, pas assez de virages et cette grande plaine agricole n’a pas réellement de charme. Je m’arrête dans un village près de Tnim de l’Ourika le temps de transvaser mes gourdes quand un jeune Berbère à vélo vient engager la conversation. Une fois les présentations d’usage faites Brahim me demande ma destination : Setti Fatma. Cela semble lui convenir, il décide de faire les 25 km restant avec moi.
Envolée la lassitude. La vallée de l’Ourika est superbe, ça tourne, ça grimpe juste ce qu’il faut et j’ai un coéquipier. En chemin, Brahim me montre le Dar où il habite et me présente à son beau frère qui a une moto ; assurément un bon parti pour sa sœur.
Le routard nous met en garde contre l’ingéniosité que déploient certains Marocains pour vous soutirer quelques Dirhams, et précise toutefois qu’il ne faut pas généraliser. Ce n’est que vérité. Brahim est de ceux qui sont simplement heureux de partager quelques instants avec toi et n’attendent rien en retour. Au début il n’osait même pas accepter l’eau que je lui proposai. Quelques kilomètres plus loin il cède et on partage même une pâte d’amande.
Setti Fatma est un joli village mais il y a trop de touristes à mon goût. Je propose à Brahim de boire un coup, il me répond oui, il y a des robinets là bas….Complètement désintéressé le gars, il aura quand même droit à son coca.
Je pose mon vélo à l’auberge et pars à pied le long d’un Oued. En chemin je rencontre deux jeunes Berbères souriants avec qui je fais un bout de chemin. L’un d’eux veut m’emmener jusqu’à son village boire un thé. Je soupçonne un quelconque intérêt sous cette offre et décline l’invitation, d’ailleurs il se fait tard. Au moment de se séparer il me demande une cigarette ou quelques dirhams, des fois que …on ne peut pas lui en vouloir.
J’ai croisé quelques femmes Berbères pliant sous le poids de leurs balles de foin. J’ose à peine les regarder et ne parlons pas de les photographier, je ne suis pas encore très à l’aise. Sur le retour, je rencontre un groupe d’homme remontant au village après leur journée de boulot. Un chef de famille me propose le gîte et le couvert chez lui au village. J’ai déjà réserve l’auberge, dommage.
Bonne première journée sur la route, roule ma poule en vélo et de belles rencontres.
|