
J’étais bien « chez Imnir », aussi je traîne un peu et prends le départ alors que le soleil est déjà haut. Il m’est encore un peu difficile tous les matins de quitter un lieu connu où l’on a déjà quelques repères. Bon, ben j’y vais quoi…… Je prends le temps de visiter la mosquée de Tin Mel (XIIeme siècle et en cours de rénovation). J’ai quand même un col à 21OO à passer aujourd’hui il faudrait que je m’y emploie. La montée est superbe à peu près 45km d’une belle route toute dessinée pour les cyclistes et il n’y a pas trop de circulation. Vers le sommet, il y quelques « antécols » bien cachés. Je découvre une autre particularité des cols Marocains, quand il n’y en a plus, il y en a encore…. Si bien que c’est avec soulagement que je me fait photographier au sommet. La descente est un régal. Je débouche au pied du col dans une plaine semi-désertique et prends la direction de Talioune où j’espère trouver où dormir. J’ai fait le plein de globules pendant ces derniers jours en montagne, si bien que je roule bien sur cette interminable ligne droite. Je ne me trompe pas beaucoup en affirmant que les villages que je traverse n’ont pas vu s’arrêter beaucoup de touristes. Je ne sais pas encore que ce sont les plus paisibles pour le repos du cycliste alors je fonce vers Talioune. J’ai bon espoir, à l’allure à laquelle je roule, d’y être avant la nuit ou d’atteindre au moins Aoulouz.
Lors d’une halte près d’une fontaine, un jeune « commis » du coin engage la conversation et me propose d’aller chez lui. Cela fait deux fois que l’on me le propose aujourd’hui, et deux fois que je refuse… Deux fois que j’aurais dû accepter l’hospitalité Berbère.
Aoulouz n’est pas à mon goût, je ne m’y arrête pas en sachant déjà que je vais certainement dormir sur le bord de la route ce soir. Je jette l’éponge à une vingtaine de km de mon but, et me cache dans le lit d’un Oued à l’abris des regards indiscrets pour bivouaquer. J’ai à peine déballé ma tente que j’entends des voix et des rires d’enfants. J’imagine déjà une nuée de petits bergers tournant autour de mes affaires et je panique complètement. Je suis seul, je les imagine 10, 20 ,30….dans quelques minutes tout le village rappliquera . Tant qu’il est encore temps je décide de fuir. C’est la déroute. De retour sur la route je découvre les fauteurs de troubles : une gentille petite famille faisant une pause pipi. Ils sont bien plus surpris que moi, de me voir débouler de nulle part. Je retourne dans mon Oued. On dira que la fatigue de la journée est, pour le coup, responsable de mon manque de sang froid. Je suis trop fatigué pour monter ma tente et faire un feu. Je mange des bolinos froids, ça colle aux dents. J’attends la nuit noire pour déplier mon duvet, les affaires sont rangées et le vélo est armé pour un départ rapide au cas où. Quelques minutes après, je suis au fond de mon duvet, sous un ciel étoilé, tout est calme et je souris de mon stress à 2 balles, je suis bien….là.
Dur dur d’être un routard solitaire...
PS : Personne ne me dérangera cette nuit là…surprenant ?
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